Maurice Vincent s’est fendu de quelques billevesées sur la politique nationale, comme si le vote d’une poignée de Stéphanois allait changer d’un cheveu la politique gouvernementale. Accordons lui l’excuse du réflexe politicien conditionné et passons. Mais passons à quoi ? A un projet, une vision, un dessein ? Non. Rien si ce n’est l’antienne habituelle : on arrête tout ! Une telle posture est très surprenante, n’a-t-il aucune idée sur ce qu’il souhaite faire de la ville ? A regarder son « projet » sur son site www.maurice-vincent.fr, on y trouve pléthore de petites propositions (dont certaines très pertinentes), sur sa vision de l’utilisation future des infrastructures en construction, toujours agrémentée de l’habituelle rhétorique « trop grand », « trop cher », « trop ambitieux ». A force de voir du « trop » partout, il est à craindre que Maurice Vincent soit « pas assez » sur tout.
Quant à Brutus, enfin Gilles Artigues, la fréquentation de son site Internet en dit long sur le fond de sa démarche. Elle est « d’ouverture », les temps sont en effet à l’ouverture, cette formidable valeur de la modernité hyperdémocratique, pourquoi s’en plaindre ? Mais elle aussi fondamentalement anti-système, anti-élitiste, un recyclage en règle du « tous pourris », du « gentil contre les méchants », qui a atteint son paroxysme avec l’intervention de Renée Dumont, adjointe au Maire sortante, en Saint Blandine persécutée par ses méchants anciens collègues de la majorité sortante. Elle voulait mener une politique de sécurité « humaniste », on l’en a empêché ! L’hyperbole est une figure bien connue de la rhétorique politique mais quand elle devient une grosse ficelle, on tombe dans ce « manque d’habitude des belles choses » que l’on nomme vulgarité. Enfin, que dire de l’affirmation tristement populiste de Gilles Artigues lors d’un chat avec des internautes : « nous financerons la réfection de l’éclairage public en réduisant le train de vie des élus », comme si l’équipe sortante avait vécu à Capoue pendant six ans ! Ces propos sont peu dignes, bêtement polémiques et participe du divorce entre la population et la politique, savamment entretenu par ceux qui en ont fait un fond de commerce politique, et qui d’ordinaire se trouvaient aux extrémités du spectre politique.
Michel Thiollière s’est plié à l’exercice du discours de deux heures, déroulant un argumentaire bien maîtrisé et somme toute assez classique, pour présenter, et ce fut bien le seul parmi les trois, un projet et des propositions concrètes. Sans revenir sur leur contenu, ce que nous ferons plus tard, il semble vouloir orienter sa campagne vers la proximité, la dédramatisation de l’enjeu et des violentes attaques dont il est l’objet. Il fixe un cap plus solidaire, plus proche des Stéphanois, comme pour digérer la formidable métamorphose de la ville. A n’en pas douter ce fut bien, des trois prétendants à l’écharpe tricolore, le seul à être raisonnable, humble et à sortir de la simple rhétorique politicienne.
Au soir de la première passe d’arme, les stratégies se confirment et la campagne promet d’être rude ! C’est « feu à volonté du Thiollière ! », et nationalisation du débat politique local… le grand perdant de cette histoire risque bien d’être Saint Etienne, sacrifiée sur l’autel de la politique nationale.